Aimer un homme ou l'intensité qu'il provoque

Schémas amoureux

Aimer un homme, ou aimer l'intensité qu'il provoque en toi ?

Emmanuelle Criquet· 9 min de lecture· Coaching relationnel

Tu dis que tu l'aimes. Tu le sens, intensément. Mais si on te demandait de décrire ce que tu aimes vraiment chez lui — pas ce que tu ressens, mais qui il est — tu hésiterais peut-être plus longtemps que tu ne le voudrais.

Il y a une question que je pose à beaucoup de femmes que j'accompagne, généralement vers la deuxième séance, quand on a établi assez de confiance.

Je leur demande : "Qu'est-ce que tu aimes vraiment chez lui ?"

Pas ce qu'elles ressentent en sa présence. Pas l'effet qu'il leur fait. Pas l'intensité qu'il provoque. Lui, en tant que personne. Ses qualités. Ce qu'elles admirent vraiment.

Très souvent, je vois un long silence. Puis des phrases qui décrivent en réalité l'effet qu'il leur fait. "Il me fait me sentir vivante." "Avec lui je vibre comme jamais." "Quand il est là, c'est comme si tout le reste disparaissait."

Ces phrases sont belles. Mais elles ne répondent pas à la question. Elles décrivent un effet, pas une personne.

Et c'est précisément là que se joue une distinction cruciale en amour : la différence entre aimer une personne et aimer l'intensité qu'elle provoque en toi.

La différence entre les deux

À première vue, on pourrait penser que c'est la même chose. Si quelqu'un me fait vibrer, c'est que je l'aime, non ?

Pas exactement. Et la nuance, qui semble subtile, change absolument tout dans la lecture qu'on peut faire de sa propre relation.

Aimer une personne

Quand on aime vraiment une personne, on aime quelque chose de spécifique en elle. Sa façon de penser. Sa façon de regarder le monde. Son rire. La manière dont elle traite ses amis. Sa loyauté. Sa créativité. Ses doutes. Sa générosité. Ses contradictions.

Cet amour-là est concret. On peut le décrire. On peut nommer ce qu'on aime. Si on devait écrire une lettre à cette personne pour lui dire pourquoi on l'aime, on aurait des choses précises à dire qui ne pourraient pas s'appliquer à n'importe qui d'autre.

Cet amour-là n'est pas tributaire de l'intensité émotionnelle. Tu peux aimer cette personne quand tu es fatiguée. Quand tu es préoccupée par autre chose. Quand vous traversez un moment plus calme. L'amour ne disparaît pas avec la baisse d'intensité.

Aimer l'intensité que quelqu'un provoque

C'est un mouvement différent. Ce qu'on aime, ce n'est pas la personne en elle-même, c'est ce qu'elle déclenche en nous.

L'intensité émotionnelle. Les montagnes russes. La passion fulgurante. Le sentiment d'être enfin vivante. La sensation que les choses comptent vraiment, que la vie a du goût, que quelque chose se passe.

Cet amour-là est tributaire de l'intensité. Quand l'intensité baisse, l'amour vacille. Quand la relation devient calme, on s'ennuie. Quand l'autre est là tout le temps, sans crise, sans drame, sans manque, on perd l'attirance.

On a alors souvent l'impression que "quelque chose s'est éteint". On dit "on s'aimait tellement au début". On ne comprend pas pourquoi ça ne fonctionne plus maintenant que c'est plus stable.

La vérité, souvent, c'est que ce qu'on aimait, ce n'était pas l'autre. C'était la chimie qu'il provoquait en nous. Et cette chimie ne peut pas durer dans une relation stable, parce qu'elle se nourrit du manque, de l'incertitude, de l'intermittence.

Aimer une personne, c'est durable. Aimer l'intensité qu'elle provoque, c'est une fonction de l'absence. Plus elle est présente, moins l'intensité opère. Et donc moins on l'aime.

Pourquoi on confond les deux

Cette confusion n'est pas un défaut personnel. Elle vient de la façon dont notre culture, notre cinéma, notre littérature romantique nous ont appris à reconnaître l'amour.

L'éducation à la passion

On nous a appris que l'amour, c'est l'intensité. Que si on ne ressent pas le grand frisson, ce n'est pas le bon. Que la passion est le critère ultime. Que sans l'attirance fulgurante, sans le coeur qui s'emballe, sans la sensation d'être bouleversée, ce n'est pas vraiment de l'amour.

Cette éducation est fausse. Et elle est responsable d'une grande partie de la souffrance amoureuse adulte.

Parce que la passion fulgurante, l'intensité maximale, le grand frisson, c'est la première phase d'une relation. Une phase chimique liée à la nouveauté, à l'incertitude, à la découverte. Cette phase ne peut pas durer. Si elle dure, c'est qu'elle est entretenue artificiellement par des mécanismes problématiques (l'intermittence, le drame, la peur de perdre l'autre).

L'amour mature, lui, n'est pas cette intensité maximale en continu. C'est quelque chose de plus stable, de plus profond, de plus tranquille. Pas ennuyeux. Pas mort. Tranquille au sens où il ne dépend plus du sevrage et de la chimie du manque.

Le mythe romantique de l'âme sœur

L'idée qu'il existe quelque part la "bonne personne", celle qui te ferait vibrer comme personne d'autre, qui te donnerait des sensations qu'aucun autre ne pourrait te donner, est un mythe puissant. Et un mythe dangereux.

Il fait croire que l'intensité de ce qu'on ressent est une preuve que c'est la bonne personne. Plus c'est intense, plus c'est juste. Si je me sens transportée par lui, c'est qu'il est l'homme de ma vie.

Or l'intensité émotionnelle ne dit rien sur la justesse d'une relation. Elle dit seulement que ton système nerveux est fortement mobilisé. Mais il peut être fortement mobilisé pour de très mauvaises raisons. Par la peur. Par le manque. Par la chimie de l'addiction. Par la réactivation d'un schéma d'enfance.

Le test concret pour faire la différence

Je propose souvent aux femmes que j'accompagne un test simple. Pas un test parfait, mais qui révèle beaucoup.

Imagine-le sans l'intensité

Imagine que tout ce qui crée l'intensité dans votre relation disparaisse soudainement. Plus de manque. Plus d'attente. Plus de drame. Plus de moments où il revient après une absence. Plus d'incertitude sur ses sentiments. Plus de chaud-froid.

Imagine-le présent, simple, stable, totalement disponible. Imagine-le sans rien de ce qui crée la chimie actuellement.

Maintenant pose-toi la question : est-ce que tu l'aimerais encore ?

Pas est-ce que tu ressentirais la même intensité. Tu ne la ressentirais pas, c'est mécanique. La question est : est-ce que tu choisirais quand même de partager ta vie avec lui ? Est-ce que tu aimerais sa façon de penser, ses qualités, qui il est en tant que personne ?

Si la réponse est oui, tu aimes la personne. L'intensité est un bonus.

Si la réponse est non ou hésitante, c'est probablement que tu aimes l'intensité, pas la personne. L'intensité est l'essentiel, et elle disparaîtrait sans la dynamique actuelle.

Le test de l'autre amour

Un autre test, plus douloureux mais éclairant. Pense à un autre homme qui t'a aimée vraiment, dans le passé. Un homme stable, présent, qui ne te faisait pas vivre des montagnes russes. Tu l'as peut-être quitté en disant que "ça manquait de passion".

Aujourd'hui, avec ce que tu sais sur les mécanismes de l'attirance, qu'est-ce que tu en penses ?

Beaucoup de femmes que j'accompagne réalisent à ce moment-là qu'elles ont quitté des hommes qui les aimaient vraiment, parce qu'elles confondaient l'absence d'intensité avec l'absence d'amour. Cette prise de conscience est douloureuse. Mais elle est aussi libératrice.

Ce qui se passe dans ton cerveau

Pour comprendre pourquoi cette confusion est si fréquente et si tenace, il faut regarder ce qui se passe au niveau neurologique.

La différence entre attirance et attachement

Les neurosciences ont montré que l'attirance et l'attachement sont gérés par des zones différentes du cerveau, et impliquent des neurotransmetteurs différents.

L'attirance mobilise principalement la dopamine. C'est la chimie du désir, de la nouveauté, de la conquête. Elle est très intense au début d'une relation, puis diminue naturellement avec l'habitude. Elle se nourrit de l'incertitude et du manque.

L'attachement mobilise plutôt l'ocytocine et la vasopressine. C'est la chimie du lien, de la connexion, du sentiment de sécurité avec l'autre. Elle s'installe plus lentement et grandit avec la régularité, la fiabilité, la présence.

Dans une relation saine, l'attirance laisse progressivement la place à l'attachement. C'est normal. Ce n'est pas que "l'amour s'éteint", c'est que la chimie évolue vers une forme plus stable.

Mais si on confond amour et intensité dopaminergique, on vit ce passage comme une perte. On se dit que ça ne marche plus. On part. Ou on cherche à recréer artificiellement de l'intensité, par le drame, par la jalousie, par la distance.

L'addiction à la dopamine du manque

Pour les femmes qui ont grandi avec un attachement insécure, il y a une autre subtilité. Leur système nerveux a été conditionné dès l'enfance à associer l'amour à l'incertitude et au manque.

Pour elles, une relation stable et prévisible n'active pas le circuit de l'amour tel qu'elles l'ont appris. Le système nerveux ne reconnaît pas. Il dit : "ce n'est pas l'amour, l'amour ce n'est pas comme ça". Il s'ennuie. Il cherche ailleurs.

Et il s'allume avec un homme qui crée de l'incertitude. Parce que c'est là qu'il reconnaît son schéma. Là qu'il libère sa dopamine. Là qu'il ressent ce qu'il a appelé "amour" depuis toujours.

"Ce qui te fait vibrer n'est pas toujours ce qui te nourrit.
Et ce qui te nourrit ne te fera peut-être jamais vibrer comme l'autre."

Comment commencer à distinguer

Apprendre à distinguer entre aimer une personne et aimer l'intensité qu'elle provoque demande un travail spécifique. Voilà les premières étapes.

01

Décrire l'autre sans l'effet

Régulièrement, prends 10 minutes pour écrire ce que tu aimes chez ton partenaire en n'utilisant aucune phrase qui décrit l'effet qu'il te fait. Concentre-toi sur qui il est, ses qualités, sa façon d'être. Si tu peines à remplir une page, c'est une information importante.

02

Observer ton ennui

Quand tu te sens ennuyée dans une relation stable et fiable, ne pars pas du principe que "ça ne marche pas". Observe ton ennui comme une donnée. Demande-toi : est-ce que je m'ennuie de l'autre, ou est-ce que je m'ennuie de l'intensité ?

03

Identifier les pics et les creux

Dans tes relations passées et actuelles, trace une courbe émotionnelle. Quels étaient les moments d'intensité maximale ? Que se passait-il à ce moment-là ? Très souvent, les pics correspondent à des situations d'incertitude, de manque, de retour après absence. Ce qui révèle la nature de l'attirance.

04

Reconnaître la valeur du calme

Réapprendre à reconnaître la valeur d'une présence calme, stable, fiable. Pas comme un défaut. Comme la base d'un attachement sain. Cette rééducation prend du temps si on a été conditionnée toute sa vie à équivaloir intensité et amour.

Ce que ça change dans ta façon d'aimer

Faire cette distinction modifie en profondeur la façon dont tu vis tes relations. Pas du jour au lendemain. Sur plusieurs mois, voire années. Mais le changement est durable.

Avec ton partenaire actuel

Tu commences à voir la personne, pas seulement l'effet qu'il te fait. Cela peut révéler que tu aimes vraiment qui il est. Ou cela peut révéler le contraire. Dans les deux cas, tu peux décider en conscience.

Avec tes futurs partenaires

Tu deviens capable de t'attacher à des hommes que tu aurais avant trouvés "pas assez intenses". Tu apprends à distinguer ennui réel et absence de chimie addictive. Tu peux choisir des hommes qui te nourrissent vraiment.

Avec toi-même

Tu cesses d'utiliser l'intensité comme indicateur de la justesse d'une relation. Tu écoutes des signaux plus fiables : la sécurité, la liberté que tu sens en sa présence, ta capacité à être pleinement toi.

Dans ton corps

Tu retrouves un système nerveux plus calme. Moins de pics et de creux. Une présence plus stable à toi-même. Cette stabilité corporelle devient ton nouveau repère, à la place des montagnes russes émotionnelles.

Le travail ne se fait pas seule

Pourquoi je dois insister sur ce point. Parce que beaucoup de femmes lisent ce genre d'article, comprennent intellectuellement, et croient qu'à partir de maintenant elles vont savoir distinguer.

Elles ne le savent pas. Pas tout de suite. Pas en lisant un article.

Le système nerveux qui a appris pendant 30 ou 40 ans à reconnaître l'amour à travers l'intensité ne se reconfigure pas par la pensée. Il se reconfigure par l'expérience corporelle répétée d'une autre manière de fonctionner. Et cette expérience, on la fait rarement seule, parce que les automatismes sont trop forts.

C'est pour cela que je propose un cadre. Pour te permettre de faire cette expérience nouvelle dans des conditions où le retour aux automatismes est plus difficile. Et où chaque petit pas est consolidé avant que le suivant soit demandé.

E
Emmanuelle Criquet

Coach relationnelle spécialisée dans les schémas amoureux. Fondatrice de Mon Coaching Transition.

Passer à l'action

24 Jours — apprendre à distinguer dans ton corps

Une étape par jour pendant 24 jours pour réguler ton système nerveux et reconnaître ce qui te nourrit vraiment, par opposition à ce qui t'attire.

Découvrir 24 Jours, 39€
Comprendre ton schéma

L'Audit Amoureuse — un travail personnalisé

Trois séances de 1h30 pour cartographier ton schéma exact et te donner un plan d'action calibré sur toi.

Découvrir l'Audit, 290€
Newsletter

Reçois chaque dimanche un article
pour mieux te comprendre en amour

Conseils, réflexions et outils concrets — directement dans ta boîte mail.

Je m'abonne à la newsletter
Chaîne YouTube

Emmanuelle MCT

Vidéos sur les schémas amoureux, la dépendance affective et la transformation relationnelle

✉ La newsletter ◎ Faire le diagnostic